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micADO

     «Jean Epstein : Comment parler des substances toxiques (drogue, alcool, tabac...) avec son adolescent»?

Qu'en pense l'expert?

L’adolescent est animé par des sentiments contradictoires : il éprouve le désir d’affirmer son indépendance, ses choix… tout en ayant besoin de l’assurance de l’amour de ses parents. Un besoin qui passe par la provocation : c’est en « faisant peur » à ses parents que l’adolescent va tester l’amour qu’ils lui témoignent… Or, l’usage de produits illicites semble la voie royale pour affirmer cette indépendance et provoquer cette peur : « moi, je fais ce que je veux, et en plus, je vous fiche les jetons ! » La bonne attitude, de la part de l’adulte ? Faire en sorte que l’adolescent n’éprouve jamais le besoin d’agir de la sorte : lui dire combien on l’aime dès la petite enfance et s’autoriser à parler avec lui des dangers de la drogue (au sens large), dès l’âge de 5 ou 6 ans. Il ne s’agit surtout pas d’en parler de façon obsessionnelle mais bien d’installer un climat de confiance, propice au dialogue. Et de garder à l’esprit que si l’adolescent renvoie parfois au parent une image de « contre-exemple », celui-ci reste, en réalité, « sa » référence. Et c’est bien à travers son comportement que le jeune va pouvoir se situer par rapport à la drogue : si l’adulte boit, fume… quel crédit aura-t-il auprès de son enfant ?

Propos recueillis par Lise Bouilly, MagicMaman
   
 

     «Jean Epstein : Comment faire autorité avec un adolescent »?

Qu'en pense l'expert?


Tout d’abord, il est important de ne pas confondre « avoir de l’autorité » -une multiplication des interdits qui peut déboucher sur l’autoritarisme- et « faire autorité ». L’autoritarisme, c’est l’adulte qui décide à la place de l’adolescent, et lui impose, de façon arbitraire, des rythmes, des apprentissages, des silences.... « Faire autorité » au contraire, c’est savoir dire « non » à bon escient, justifier un refus –par le dialogue- et donner des sanctions qui ont du sens, en un mot respecter l’adolescent. Cela n’est possible que si l’adulte a suffisamment confiance en lui, en ses convictions, en ses « valeurs ». S’il est persuadé que sa vie est « digne » de constituer des repères. Nombre de mamans seules, par exemple, sont intimement convaincues que leur « histoire » ne mérite pas qu’on s’y attarde… et se laissent « dépasser » par leur enfant.

De son côté, l’adolescent se caractérise par son ambivalence. Il a besoin à la fois d’autorité –d’un cadre qui lui permettra de se responsabiliser progressivement- et de rejeter cette autorité, de provoquer : « j’ai les parents les plus nuls… mais qu’est-ce qu’ils m’aiment ! » Pour répondre à cette ambivalence, le parent doit accepter d’être parfois le « mauvais objet » (au risque de se voir renvoyer une image de « ringard » !) en restant très ferme sur ses positions. L’essentiel ? Ne jamais laisser l’adolescent faire quelque chose qui le « dérange » profondément, bref afficher une « saine » rigidité, en conformité avec ses propres convictions…


Propos recueillis par Lise Bouilly, MagicMaman

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Texte de Jean Epstein, préface du livre de Pascal Deru, «Le jeu vous va si bien»

«Justifier, expliquer, argumenter l’importance du jeu dans le quotidien des enfants, quel que soit leur âge, et à fortiori dans celui des adultes, reste encore de nos jours bien difficile!
Trop souvent, les parents, les professionnels de l’éducation (au sens large), sont coincés, oppressés, piégés par des principes tels que:

- l’avenir d’un enfant est déterminé par le fait qu’il apprenne le plus tôt possible un maximum de choses! (N’entend-on pas dire, parfois, que «tout se joue avant 3 ans»!?!)

- les activités du jeu doivent donner des résultats cognitifs évaluables, mesurables, rentables et de préférence en rapport avec l’âge présumé du loupiot (c’est marqué sur la boîte!)

- le «bon jeu» est essentiellement le jouet dit «éducatif», d’où le surconsommation de ce type d’outils, vivement encouragée par les fabricants, les commerçants et les médias!

- le jeu, c’est surtout l’affaire des petits, ce n’est pas vraiment sérieux!  Lorsque l’enfant grandit, il doit avant tout travailler (en classe, à la maison, et même pendant les congés scolaires grâce aux «devoirs de vacances»!)

Quant à l’adulte qui aimerait jouer, à la lumière de ce qui vient d’être dit, ce  n’est même pas la peine d’en parler!  Il est à la limite de la fainéantise et de l’immaturité!
… J’oublie volontairement dans cette énumération de multiples arguments du même tonneau qui, trop souvent, aboutissent à enfermer le jeu dans une image superficielle et subalterne: on joue quand on n’a plus rien d’important à faire!

En tant que Psychosociologue, je travaille depuis une trentaine d’années, dans le champ de la recherche, sur une question unique aux innombrables facettes: celle des moyens nécessaires à chaque enfant (mais jusqu’à quel âge??) pour construire ses repères, et ceci selon trois axes:

- construction des repères individuels: par l’affirmation, l’accompagnement et la valorisation de ses propres capacités et pôles d’intérêt;

- construction des repères sociaux: en apprenant à accepter le frustration, le fait de mettre en commun, de respecter des règles, des lois, de tolérer des limites, des contraintes…

- construction des repères familiaux: en trouvant sa juste place au sein de la famille, en partageant des temps sociaux, au jour le jour (manger ensemble, écouter des histoires, participer à des conversations, voyager, aller se promener, jouer de mille et une manières…).

Or, dans tous ces domaines, je croise en permanence la route du jeu, sous de multiples formes!  Parce que le jeu est langage, parce que le jeu est VIE!  Chacun joue ses joie, ses peines, ses peurs…!  En jouant, chacun élabore et confirme ses compétences!  On ne joue pas pour apprendre, mais on apprend par ce que l’on joue!
Cela concerne l’enfant, bien sûr, mais pour l’adulte, en va-t-il autrement?  Certes, non!
A travers le jeu, l’adulte s’autorise à donner droit de séjour à la part d’enfance qu’il a, heureusement, conservée au fond de lui et qui contribue fortement à le rendre humain!
Grâce au jeu, il contribue à grandir, à élargir le domaine du possible, à affirmer ses goûts, ses plaisirs, à apprivoiser le temps libre, à communiquer avec d’autres, à transmettre des valeurs, à accepter de perdre, mais aussi se sentir capable de gagner, à offrir, à créer, à afficher ses émotions, à coopérer…!

Cependant, comble de paradoxe, malgré de telles évidences, face à l’esprit de compétition qui nous envahit, à la course contre la montre dans laquelle chacun se trouve entraîné, défendre la cause du jeu, notamment pour ce qui concerne les adultes, est plus que jamais une gageure et un combat!
Pour le mener, les troupes sont moins nombreuses que l’on pourrait le souhaiter!»
 

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